Guatemala
       Sophie rejoint le Guatemala avec Mathias rencontré au Mexique.


SOPHIE

Dimanche 19 Mars :  Los amigos
       Levé 5h30. Le bus est pourri, pas de clim, pas de télé. Michel, qui ne comprend rien aux passages frontières, se fait arnaquer comme la plupart des autres et paie une taxe de 10 dollars pour retourner au Mexique. L’arnaque est courante en Amérique latine. A la frontière guatémaltèque, l’employé réclame de l’argent à Mathias, pas a moi.
       Flores est une île sur le lac Petén Itza aux rues calmes et colorées. Les tuk-tuk laissés en Inde font à nouveau leur apparition. La guest Los amigos est très sympa. Il y a deux chiens, deux perroquets et un chat, des hamacs en tissus colorés pendent un peu partout, une balançoire aussi.
       Le soir petit concert des classiques d’Amérique latine, El condor pasa, Guantanamera….

Lundi 20 Mars : Tikal
       Je pars avec Mathias pour Tikal. Nous arrivons vers 15h30 au Jaguar Inn. Plusieurs hamacs avec moustiquaire sont libres mais la vue d’une tarentule fraîchement tuée ne m’inspire pas confiance, exit les tongues, baskets obligatoires !
Nous traversons une bonne partie du parc et voyons en chemin singes-araignées, colibri et de beaux oiseaux noirs aux ailes rouges et à la queue jaune. Ils poussent des drôles de cris et vivent dans des nids en forme de gouttes. Nous grimpons en haut de la pyramide del Mundo perdido pour assister au coucher de soleil. Nous apercevons quelques toucans malheureusement d’un peu trop loin. Nous rentrons au crépuscule. Il fait nuit lorsque nous arrivons au restaurant du Jaguar inn. Nous discutons avec Matthias devant une bière. Matthias, 39 ans, prof de physique et de musique, s’est séparé de sa femme avec qui il était depuis 6 ans car elle ne voulait pas d’enfant.

Faune Tikal
Faune Tikal

Mardi 21 Mars : l’échappée belle

       Lever 4h30 du matin. J’aurais pu bien dormir pour cette première nuit en hamac mais j’ai eu un peu froid.
       Les guides sont dejà là pour ramasser les clients pour le lever du soleil. L’un deux vient nous demander si nous y allons. Je lui réponds « non » le plus simplement du monde. A peine surpris, il fait demi-tour (mais que pouvons-nous faire d’autre à cette heure de la nuit... ?) Il a fallu esquiver les autres munis de lampes torches, se cacher dans les chemins de traverse pour arriver jusqu’au check point. C’est la que ça se corse. Tous les touristes passent à la caisse sous l’oeil vigilant des gardiens. Pas possible de passer devant, nous passerons donc derrière. Je pars en éclaireuse puis, une fois cachée derrière la baraque, je fais des appels lumineux à Mathias qui me rejoint. Profitant de leur manque d’attention occupés qu’ils sont à encaisser les 5 ou 10 dollars des touristes, nous nous faufilons discrètement dans l’obscurité pour rejoindre le premier groupe déjà parti. Nous les suivons à distance pendant 45 minutes jusqu’a El observatorio, la pyramide de laquelle on observe le lever de soleil.
Mathias Tikal
Avec Mathias à Tikal

       Le lever du soleil est décevant. C’est très brumeux et le soleil ne peut pas percé. Le jour se lève dans une lumière diffuse en même temps que les oiseaux et les singes hurleurs. Cette atmosphère de jungle dans le brouillard n’est cependant pas dénuée de charme. Les marches de l’escalier en bois sont très glissantes. J’ai glissé sur le cul sur près de 10 mètres, pas une égratignure, par contre mon pantalon en a fait les frais.

Coco
Coco
       Nous nous sommes bien amuses en jouant les renards. Maintenant, nous pouvons profiter de la fraîcheur du matin pour visiter le site. Pendant un bon moment nous sommes seuls au milieu de la rain forest et des ruines. Le site est bien plus grand que les précédents et on peut monter sur la plupart des pyramides. Une des plus importantes est fermée car deux personnes y ont trouvé la mort (si on rate une marche, on dégringole jusqu’en bas).
       Nous avons tout juste le temps de grignoter le petit déjeuner qu’on avait prévu avant de prendre les deux dernières places du collectivo.
Apres/midi glandouille, lessive, lecture. Je fais plus ample connaissance avec Coco qui ne se gène pas pour venir me piquer mes nouilles directement dans mon bol !
       Nous allons sur la place manger des tacos et burritos (tortillas au blé) puis une glace.

Mercredi 22 Mars : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
            Petit tour au marché de Santa Clara. Je m’achète un nouveau sac a dos. Puis petite baignade dans le lac avec Matthias, l’eau est exquise. Nous retournons au marché pour acheter du poulet.
            Nous retrouvons Edouard, le français croisé à Tikal. Nous passons la soirée avec lui, Michel, et trois autres français dont Olivier qui est à la guest depuis déjà plusieurs jours. Avec Matthias, on improvise une leçon de salsa troublée par une américaine qui se la pète. On enchaîne avec le répertoire de chansons françaises qui se terminera sur le bord du lac, après un ravitaillemnt « boissons ».

Jeudi 23 Mars : surprise !

Photo de classe
Photo de classe

           Je revois tout le monde au petit dej, échange d’adresse Internet etc…Mat doit partir demain pour un trek dans la jungle au Mirador. Il reviendra à la guest un peu avant moi, tout se goupille bien. Ca sonne à la porte, quelqu’un de l’école de San Andrés est venu me chercher, Ramon. A ma grande surprise, il m’annonce qu’il y a un autre français au village qui s’appelle…Christophe !
             Je rencontre Mateo qui s’occupe de l’association Volunteer Peten. Je m’installe dans la maison de Rosa. C’est rudimentaire mais propre. La famille est composée de quatre enfants, trois garçons et une fille Monica.
            Je grignote puis commence les cours d’espagnol. Ma prof, Yoli, est la directrice de l’école, les cours se passe chez elle, à l’extérieur sous un abri de feuille où se trouvent quatre tables. A priori, les cours seront surtout des dialogues et elle « dialogue » beaucoup. Je sais tout de sa vie amoureuse et de son penchant pour l’Eglise « des derniers jours… », c'est-à-dire les mormons.

            En rentrant, je découvre la petite ville de San Andres perchée sur les bords du lac Peten Itza. Des chemins en terre poussiéreux serpentent au milieu de petites maisons dont les toits de tôle ont remplacé les feuilles séchées. Les arbres tropicaux et les palmiers cachent a peine  la magnifique vue plongeante sur le lac. Deux petites îles sont entourées d’une eau turquoise comme des lagons et au dernier plan se détachent des collines.
            Je dîne seule face a Rosa qui ne parle pas beaucoup, ce qui m’oblige à faire la conversation, c’est très gênant ce monologue. Je dois me rendre à la bibliothèque où se réunissent tous les volontaires.          
            La bibliothèque est un endroit surtout réservé aux enfants qui viennent ici le soir pour lire, travailler, emprunter des jeux de société ou bien voir un film. Les volontaires sont la pour animer et les occuper. Je suis entourée d’une horde de bambins agités qui me demandent mon nom a tour de rôle. Moi, je reste à l’extérieur et joue au Uno avec une gamine.

Vendredi 24 Mars : sortie en discothèque
            Rosa m’a préparé des pancakes mais le café instantané est imbuvable. Pas moyen de l’améliorer avec du lait, au Guatemala il n’existe qu’en poudre. J’arrive avant tout le monde devant la bibliothèque. Je croise Ramon qui passe en combi puis Christophe qui va à son cours avec Frank, son copain allemand avec qui il voyage désormais.
            Mateo arrive puis m’emmène au parc a vélo. Candelario, le responsable me fait la visite m’enseignant au passage les arbres et plantes médicinales. Je retiens notamment le « gringo desnuyo », son surnom lui vient de sa fine pellicule rouge qui semble peler comme un gringo au soleil ; le fameux Chicle qui donne le chewing gum puis le Copal, cet arbre dont l’écorce brûlée sert d’encens dans les églises. Je découvre les produits de soin naturels fabriqués a partir des plantes du parc par les femmes mayas. Candelario est de descendance maya mais ne le parle pas, comme la plupart. La culture maya a été interdite au profit de celle venue d’Espagne, la langue comme la religion. Les communautés tentent de sauver la langue maya et de l’enseigner mais c’est peine perdue. Quel jeune voudrait apprendre une langue moribonde plutôt que l’anglais dont la suprématie ne cesse de s’étendre ?  Il m’invite à l’aider à nettoyer la mare aux canards puis à désherber avec la machette.
            Cours avec Yoli l’après-midi, cette fois la discussion tourne autour de la nourriture.
            J’ai rendez-vous avec Ramon pour aller avec lui à Flores. Je retrouve les volontaires dont Christophe à Los Amigos, ils sont à l’apero. Il y a aussi Michel et les deux autres français. Je fais la connaissance de Franck, très sympa. Nous enchaînons avec la disco El raices où le reggaeton est roi.

Samedi 25 Mars : une nouvelle professeur
            Les volontaires sont restés dormir à Flores, ils partent aujourd’hui à Tikal. Yoli doit se rendre a l’université et m’a réservée une autre prof pour la journée, Lesbia. Elle n’est pas très compétente mais me montre l’écriture maya, tout du moins la traduction des hiéroglyphes en écriture latine. Elle me raconte la chose incroyable qui lui est arrivée il y a quelques jours. Pendant que son mari et ses enfants étaient sortis à la feria annuelle. Elle est restée seule et s’est couchée. Elle s’est réveillée et a aperçu un ami de son mari qui semble-t-il venait de la droguer et d’abuser d’elle !
            En revenant au coucher du soleil, le temps s’est comme arrêté dans ce bourg paisible. Il n’y a pas un souffle d’air, les gens papotent sur les perrons des maisons, les enfants jouent et les chiens aux cotes saillantes cherchent quelque nourriture. Les échos de reggaeton troublent a peine la sérénité ambiante.
            Apres le repas, je pars avec Monica à la bibliothèque, il y a un film. C’est un dessin animé. Je ne reste pas longtemps, de toute façon je suis crevée.

Dimanche 26 Mars : ballade a San José

            Je m’installe dans le jardin et me lance dans un portrait à l’aquarelle. Apres déjeuner je pars a pieds en direction de San José. Les familles sont de sortie, ils pique-niquent et se baignent. De loin, le petit bourg de San José se repère à ses maisons colorées accrochées à la colline.
            Un hôtel vient d’ouvrir et sa pelouse bien entretenue me tente bien. Le jeune patron n’y voit aucun inconvénient et je m’installe tranquillement. Deux gros chiens pas très intelligents viennent vers moi. Ils sont incapables d’aller chercher un bâton et de le rapporter. L’un restera une demi-heure, les pattes dans l’eau à me regarder. Le ciel s’est voilé mais l’eau est vraiment délicieuse.
            A la maison de Rosa, pour la première fois en quatre jours, le père se décide à échanger quelques mots avec moi. Comme Rosa et Monica, il n’a pas grand-chose à dire. Je m’attendais a plus de convivialité en logeant dans une famille… Je propose donc de regarder la télé avec eux, histoire de « partager » quelque chose mais il n’y a que Rosa. Le jeu télévisé du style qui veut gagner des millions ressemble davantage à de la pub en  live.
Vue du lac
Vue du lac

Lundi 27 Mars :

Football féminin
Football féminin à la sortie de l'école
            Ce matin, je décide de travailler sur le chantier de l’annexe à la bibliothèque. Les volontaires arrivent et restent une heure avant de repartir, en plus ils ont fait des conneries et il faut défaire une partie de leur travail.
            Cette après-midi, on est passées à la vitesse supérieure, Yoli me fait travailler le subjonctif, c’est difficile.
            Je retrouve Christophe au restaurant qui appartient à sa famille d’accueil. Les autres volontaires sont la aussi. Avec Franck, ils ont décidé d’aller voir une chamane qui pratique une médecine particulière. Elle applique une crème fabriquée par elle-même qui sent comme le Vicks, puis elle pique les parties à soigner pour faire sortir l’air. Ca n’a pas « l’air » de leur faire du bien.

Mardi 28 Mars :
            Pas de pancake ce matin mais des petits pains farcis aux frijoles, hum !!! Je n’y touche pas et mange un bout de pain nature, que j’accommode avec du lait en poudre dessus à défaut de confiture.
            Cours avec Yoli
            En me rendant a la bibliothèque, je passe devant une église ou a lieu une sorte de messe qui ressemble davantage a un show. Le prêtre-chanteur est accompagné d’un synthé style Bontempi et cri dans son micro des « Halleluia » aux fidèles qui se trémoussent. A mourir de rire !

Mercredi 29 Mars :
            Je pars aujourd’hui sans regrets, la famille n’était pas particulièrement conviviale et les repas à faire la discussion à Rosa, pour qui c’était aussi la corvée, commençaient à me fatiguer sérieusement.
            Je me joins à Christophe et Franck qui vont au cours, je dois charger de la musique sur l’ordinateur de Yoli. Son fils est là pour m’aider mais c’est peine perdue. Je dis au revoir à tout le monde et prends le collectivo pour Flores. Je retrouve Matthias à la guest. Il me montre les photos de son trek du Mirador.
            Nous dînons a la guest qui est bien moins animée qu’avant. Nous discutons un moment avec un couple mexicano-finlandais.
           
Jeudi 30 Mars : Les grottes de la Candelaria

            Nous prenons un tuk-tuk pour la gare routière de Santa Elena puis un collectivo pour Sayaxche. De là, il faut traverser en lancha pour aller sur l’autre rive ou se trouvent les collectivos pour Coban.
            Les guatémaltèques sont très sympa et s’intéressent a nous. Ils engagent facilement la conversation et nous demandent souvent à quelle religion nous appartenons. Le car nous dépose au croisement de San Lorenzo. Les grottes de la Candelaria se trouvent a deux kilomètres de là. On mange un morceau sur le pouce en attendant de prendre un bus pour nous y déposer. Des indiennes Guipiles vendent de la nourriture. Elles sont habillées avec une jupe sombre plissée qui arrive à mi-mollets et un chemisier ample sans forme. Une petite fille nous traite de « futmol », apparemment cela signifie « œuf ». Je ne pense pas que ce soit un compliment !

            Nous sommes les seuls touristes à visiter la grotte. Elle est très impressionnante. Un fleuve sacré maya les traverse sur 30 km, par endroits, la hauteur du plafond atteint 75m de haut. On dirait une cathédrale. Elles sont encore vierges de toutes installations pratiques pour les visiter. Le guide n’est muni que d’une lampe ridicule et la roche est glissante. Nous les découvrons comme ce français qui les a découvertes dans les années 60, c'est-à-dire, dans l’obscurité.
            On repart direction Coban. A peine 5 mn d’attente et nous sommes pris en stop. C’est une belle route de montagne qui monte, descend et tourne, la gerbe quoi. Par contre les paysages sont très beaux : multitude de petites collines couvertes de palmiers, cabanes en bois aux toits de paille et femmes portant des jarres en plastique sur la tête.

            Coban est à 1300 mètres d’altitude, l’air est plus frais. Nous choisissons l’hôtel La paz avec eau chaude (le luxe), un peu trop frisquet le soir pour prendre une douche froide.
La Candelaria
La Candelaria

            Nous dînons à l’hotel-retaurant Le bistrot. Le cadre est très chouette avec ses tables éclairées à la bougie dans le jardin, ça me change des comedors. On se commande une mega pizza et Matthias fait péter une bouteille de rouge. Je lui apprends les gros mots en français, on se marre bien.
           
Vendredi 31 Mars : Une journee a Cobàn

            Pendant que nous prenons le petit dej au Tyrol, un individu avec une cagoule rouge imprimée avec l’image du Che vient nous demander une participation à son action. C’est un rebelle qui vend son prospectus contre le gouvernement. Apres contribution, il se laisse photographier…cagoulé.
            La fabrique de café est fermée, direction le vivero. Un guide-jardinier nous fait la visite. Malheureusement ce n’est pas la bonne saison mais nous verrons tout de même des orchidées minuscules, et d’autres variétés comme celle surnommée poulpe en raison de ses feuilles ressemblant à des tentacules.

            Des quebequois croisés ce matin nous ont parlé du Xkape Kob’an, un café maya avec des produits mayas. On teste le chocolat chaud fait à partir de la fève avec tout un tas d’épices et …du piment. Ca arrache un peu et le chocolat est délayé avec de l’eau, ouhais, bof.
            Pendant les sept semaines qui précèdent la semaine sainte, une procession a lieu deux fois par semaine. Les fidèles portent des andas en bois où se trouve la statue du Christ et de la Vierge. Ils vont de l’église à la cathédrale puis inversement. Les autres défilent bougie à la main, ils s’arrêtent tous les cinquante mètres pour lire un passage de la bible entourés par les enfants de cœur, puis un guitariste joue avec le son retransmis grâce a un ampli alimenté par un générateur très bruyant. Certains sont habillés avec des toges violettes. C’est un avant-goût de la semaine sainte qui nous attend à Antigua.
Rebelle
Rebelle

            Nous faisons la connaissance d’Orlando, un descendant maya qui nous explique pas mal de chose et qui va tenter de nous trouver un logement a Antigua…

Samedi 1er Avril : oiseau d’avril !
            Lever 4h30 pour arriver tôt au biotope du quetzal. Le quetzal, emblème du Guatemala (sur le drapeau et la monnaie), a pratiquement disparu des forêts d’Amérique centrale. Il ne restera bientôt plus que sa légende…

Quetzal
Quetzal
            Mais pour l’instant, cet oiseau mythique continue d’enflammer les imaginations, peut être à cause de cette immense queue colorée (60 à 90cms) donnant l’impression que deux serpents sont accrochés à l’arrière de son corps (d’où le mythe du serpent à plume, le Quetzalcoatl).
Il gagna en fait ses plumes de noblesse pendant la conquête espagnole. Tecún Umán, Le grand chef maya du moment, se retrouva face à Pedro de Alvarado, lieutenant de Cortés, monté sur son cheval. Les mayas croyaient que l’homme et le cheval ne formait qu’un être, une sorte de centaure terrifiant. Tecún planta donc sa lance dans la poitrine du cheval, qui s’affaissa ; Alvaro, par contre bien vivant, lui donna la réplique au cœur. Lorsqu’il expira, un quetzal vint se poser sur la blessure sanglante et s’envola avec une tache vermillon sur le poitrail. Depuis ce jour, les plumes du poitrail du quetzal arborent un rouge sang qui contraste de façon éclatante avec le vert émeraude du reste de son corps, une légende était née. Des bruits courent aussi que Tecún Uman serait revenu et aurait libéré le peuple indien de l'oppression... mais ça, c’est une autre histoire, demandez à Gérard Blanc…

            Il fait encore nuit mais nous n’attendrons que 2mn le collectivo. Nous arrivons à 6h00 et le parc n’ouvre qu’a 7h00. Nous allons à l’hospedaje Ranchitos indiquée dans le routard comme étant un endroit où l’apercevoir. Nous prenons un café absolument dégueulasse. Petite parenthèse concernant le café : le Guatemala produit un des meilleurs cafés au monde et pourtant ici il n’y a que du café instantané. Deux raisons a cela : premièrement, le café ne fait pas partie de la culture gastronomique du pays et en plus, e meilleurs de la production est destinée a l’exportation (CQFD).
 Le soleil levant laisse percer ses rayons à travers les feuilles des arbres, c’est superbe. On s’en donne a cœur joie avec les photos. Matthias croise un allemand qui voyage a vélo qu’il avait rencontre a Mérida, v’la la touche du type dans son caleçon long moulant !
            Nous partons à la recherche de l’oiseau-roi avec lui ainsi que deux japonaises et guidés par deux locaux. La ballade dans la rain forest aurait nécessité les chaussures de marche car c’est très humide, c’est même imbibé. Les pieds s’enfoncent dans l’humus ou glissent sur la boue. Les arbres tombent tous seuls car la terre ne retient pas les racines. Des qu’on s’arrête pour écouter le chant de la femelle quetzal et ainsi la repérer, les moustiques en profitent pour nous sauter dessus. Sur le chemin nous croisons deux beaux serpents verts potentiellement dangereux.
            Ca y est, cette fois nous sommes dessous, la femelle est là, en haut de l’arbre, mais impossible de la voir. Je n’aurais le temps que d’apercevoir son ombre s’envolant au lointain… La garce, elle nous a fait un poisson d’avril ! Sur le chemin du retour nous traversons une jolie rivière dans la jungle sauvage. Nos guides sont obligés d’utiliser la machette a plusieurs reprises, ici pas de chemins.
            Un peu déçue de l’avoir approché si près sans l’avoir vu, d’autant plus que les guatémaltèques et les japonaises l’ont aperçu la veille. Mais la ballade était tellement chouette que j’ai pris réellement conscience du dicton qui dit : « peu importe le but, l’important c’est le chemin ». Nous nous consolerons en admirant les photos de l’oiseau.
            Nous sommes pris en stop par un pick-up. Une poubelle se trouve à l’arrière où nous montons, des mouchoirs puants ayant servi à torcher le bébé s’envolent et Matthias manque de s’en prendre dans la figure.
            Nous arrivons trop tard à la fabrique de café ayant appartenu à la famille. La connasse de la reception ne nous avait pas dit les horaires de visite et ca ferme dans 45 mn !
            Le soir Orlando nous retrouve au glacier où nous dégustons une glace, il a les info pour Antigua mais cela nous vaut de nous le taper jusqu’a la porte de notre hôtel, un vrai moulin a paroles.

Dimanche 2 Avril : la sierra de los Cuchumatanes

Huipil
Huipil
            Nous assistons à la messe en Kekchi, la langue d’ici, mais à la place du marimba attendu pour accompagner les chants, nous avons droit aux trois accords d’une guitare. En tous cas, cela nous permet d’admirer les femmes avec leur coiffe sur la tête, une agora, et leur habit traditionnel.
            Nous embarquons après avoir avalé rapidement du poulet-riz au milieu de la poussière et des effluves d’essence frelatée des autobus. Cette fois, nous voyageons dans un chicken bus. Il s’arrête a chaque fois que quelqu’un veut monter sur le bord de la route avec ses paniers remplis de poules dont les têtes dépassent a travers le filet. En plus de ça, nous devons supporter le durangence, musique mexicaine de mauvaise qualité, boule Quies obligtoires ! Sans oublier les deux arrêts de 20 mn forces pour cause d’asphaltation. Le trajet dure quatre heure et la poussière s’infiltre par les fenêtres, y’en a partout, sur les vêtements, les cheveux, dans le nez et les yeux.
            Nous arrivons à Huspantan vers 4h20 et le dernier collectivo vient de partir. Pendant qu’on essaye de faire du stop, j’observe les habitants. Les costumes ont changé : les femmes ont des jupes droites avec un tablier et un huipil (chemise ample) avec une collerette de dentelle et un autre type d’agora sur la tête. Les indigènes d’ici sont très sympas et nous observent avec curiosité.
Agora et habit traditionnel
Agora et tradition

            Un collectivo arrive, il va à Nebaj. J’avais lu que c’était un des villages 100% indigène de la région. Changement de plan, on y va pour passer la nuit. On se tape à nouveau deux heures de route de montagne chaotique et arrivons à la nuit tombée. Un jeune nous amène à son hôtel. On mange quelques tacos dans la rue, l’accueil n’est pas des plus agréables.

Lundi 3 Avril : Nebaj, village Ixil

            Nous prenons le petit dej dans un cafe Internet très chouette puis arpentons les ruelles de la ville. C’est effectivement encore plus prononcé qu’à Coban. Les gens sont très petits, on dirait des lilliputiens et les femmes sont habillées de manière encore plus « colorée » qu’à Coban. Leurs coiffes a dominante verte avec pompons me rappellent celles des tibétains, leurs jupes droites sont bordeaux ou marrons, et leur huipile est en tissus épais et brodé de motifs mayas. Les hommes portent presque tous un chapeau de paille decoré d’un ruban bleu.
            Nous traversons le marché et constatons qu’ils ne parlent pas l’espagnol mais leur propre dialecte (il y en a 26 différents au Guatemala ). En passant devant un étalage, un bébé dort au milieu des fruits et légumes.            J’avais déjà remarqué un cimetière étrange par la fenêtre du car, cette fois nous allons en voir un de plus près. Pas de grandes stèles mais de petite croix bleues, roses, vertes et jaunes avec ou sans le nom du défunts composent ce pimpant cimetière.
            Nous prenons le bus pour Zacapulas où nous déjeunons puis un autre pour Awacatan. En traversant les villages, on s’aperçoit que les vêtements varient d’un village à l’autre, ici les femmes portent la même jupe noire à rayures multicolores horizontales et un huipile blanc brodé de rouge à l’encolure. Re-changement de collectivo pour Huehuetenango, « Hue Hue » pour les intimes.
Pompom
C'est l'pompon!

            Cette grande ville n’a aucun charme et les habitants ont abandonné le costume traditionnel. On galère pour trouver un hôtel bon marché, obligé de faire du stop pour en trouver un en centre ville.

Mardi 4 Avril : Todos Santos, village mam
            Bus pour Todos Santos qui circule a travers un paysage de montagnes semi-arides, un détail : pendant deux heures, c’est toujours la même « musique »  a fond les ballons les oreilles…
            A notre descente du bus, c’est une vision hallucinante qui s’offre a nous : tous les hommes sont vêtus de la même façon (le village est renommé pour ça) ! Et ce n’est pas des moins originale : pantalon rouge a rayures blanches recouvert d’une sorte de short noir en feutre, chemise blanche a rayures bleues et violettes, chapeau de paille rond avec un turban violet. C’est absolument incroyable ! Les femmes, quand à elles, sont vêtues d’une jupe noire a rayures bleues et d’un huipile brodé.

Todos Santos
Todos Santos

            Nous logeons a la Casa familiar où nous déjeunons. Bizarrement les portions touristes généralement assimiles aux gringos sont plus petites que celles réservées aux locaux...
            On se ballade dans le village. Les indigènes d’ici sont des « mams » et c’est dans cette langue qu’ils s’expriment, tous ne parlent pas très bien l’espagnol. Les femmes tissent dans leur maison ou devant les portes à genoux sur des nattes. Un huipile demande trois semaines de travail ! On a beau parler avec elles, des qu’on leur demande de prendre une photo c’est « 10 quetzals ».
            Pendant ce temps, les hommes, quasiment tous agriculteurs, travaillent dans les champs...enfin sont sensés le faire car nombreux sont ceux qui sont déjà bourres à 17h. Il y a un profond problème d’alcoolisme au Guatemala. A Todos Santos, la fête de la Toussaint l’illustre bien : les hommes se délestent de toutes leurs économies pour louer un cheval et participer à la course annuelle. Le but n’est pas d’arriver le premier, mais de tenir le plus longtemps sur le cheval, sachant qu’à chaque nouveau tour ils s’envoient cul sec de l’alcool avant de repartir. Chaque année il y a des morts. Faut dire, c’est mort a la nuit tombée et y’a rien a faire… à part s’en jeter un p’tit. On devait rester deux jours mais on partira demain.
            Le soir ça caille, pas le courage de prendre une douche ni même de me déshabiller. Je me couche comme ça ! Il est 21h.

Mercredi 5 Avril : Quetzaltenango
            Décidemment ce n’est pas une guest très sympa. Déjà l’accueil n’est pas des plus chaleureux mais le service et la cuisine laissent à désirer pour le prix.

Collectivo
Collectivo
            D’une manière générale, les indigènes ne sont pas très accueillants, ils appartiennent à une communauté très soudée par leur histoire. Ce fut un village très touché par la guerre civile dans les années 80. Ils en gardent sans doute des séquelles et, à leurs yeux, nous représentons sans doute les envahisseurs.
            On reste un moment sur la place principale en ayant encore du mal a réaliser ce que nous voyons : des clones partout.
            Nous partons a 11h dans un micro bus bondé. Normalement réservé pour 13 personnes, nous serons 24 à l’intérieur dont 4 enfants et trois hommes qui monteront sur le toit ! Le trajet est un peu difficile. Nous poursuivons avec un chicken bus jusqu’à Xela pour un total de 4 heures.
            Le sac à dos sur le dos, on part à la recherche d’une guest et d’une école d’espagnol. On est bien tombé, l’ecole Kie-balam a l’air très bien. Quant à la guest, on a hésité entre Don Diego et Argentina. Devant le dortoir de 24 lits de cette dernière, Matthias m’a fait mourir de rire en retorquant a la vieille : « Regresamos si el otro es peor ! » (nous reviendrons si l’autre est pire !). Finalement nous optons pour celle-ci mais dans une chambre double.

            Le soir, nous atterrissons par hasard au théâtre où les étudiants de la ville, cagoulés pour certains, ont organises un spectacle pour deux paquets de sucre l’entrée. Les vivres seront redistribués aux demunis. Quand au spectacle, je ne maîtrise pas assez les subtilités de la langue pour comprendre mais la mise en scène est un mélange du Seigneurs de anneaux, Shreck et Matrix.
Les cagoules sont justifiées du fait qu’ils critiquent le gouvernement mais le clou de leur action est prévu pour demain. Ils demandent de l’argent aux commerçants et entreprises, ceux qui refusent doivent s’attendre à se réveiller le lendemain avec leurs murs couverts de peintures a l’huile...

Jeudi 6 Avril : Kie-Balam
            L’école est très sympa, thé, café et petits gâteaux sont à disposition. Il y a des livres et même un dico franco-espagnol, c’est autre chose qu’a San Andres. Ma prof est une étudiante en droit de 23 ans, Paula.
            Apres les cours, nous partageons le dejeuner en compagnie de la directrice et d’autres élèves de l’école dont deux retraités américains. Un plat typique a base de poulet, décidemment, pour un plat populaire servi dans les grandes occasions, ça reste très basique.
            L’après-midi, on se ballade un peu dans le centre. Il n’y a pas grand-chose a voir et on atterrit dans le centre commercial car je suis toujours à la recherche d’un tissu coloré. On passe quelques coups de fil a Antigua, on réussit à trouvé une guest a 75Q par personne.
            Matthias et moi avons des devoirs à faire pour le lendemain. Pour moi ce sera une composition écrite sur la Mongolie. Comme à l’époque ou j’étudiais, je liquide les devoirs en 15 minutes.

Vendredi 7 Avril : Le Kokoloco
            Une fois par semaine, le vendredi, il y a le célèbre marche de San Francisco de alto. C’est un des plus beaux d’Amérique Centrale d’après le guide et pourtant, je préfère les petits marchés locaux. Il est très grand, du coup on a même pas vu la foire aux bestiaux qui se trouvait juste derrière l’église. Ce n’est pas grave, rien qu’à voir les pauvres petits chiots entassés dans un panier couvert d’un filet, je m’imagine le reste...
            Comme nous n’avons pas eu cours ce matin, nous les avons reportés a cette après-midi. On travaille sur les temps composés et l’impératif. Devoirs : faire 30 phrases en utilisant l’impératif, ouhais, ce sera 20 !
            On se fait des pâtes pour le repas et dînons en compagnie de la famille propriétaire de la guest. Ils sont très sympas. Nous discutons un moment avec un basque d’Espagne qui vit ici. Ce sera une habitude à chaque repas.
            Apres ça, on décide de sortir danser, Paula m’a conseillé le Kokoloco. C’est un endroit mixte fréquenté par les guatémaltèques et les touristes. Question musique, ce sont les rythmes latinos, salsa et merengue qui l’emportent. On boit un litre de bière chacun et terminons avec les étudiants américains de la table voisine. Bonne soirée.

Samedi 8 Avril : San Simon
            Nous partons à la source d’eau chaude Fuente Georginas. C’est un peu la galère pour y aller. Nous prenons une camionnette à ciel ouvert jusqu’a Zunil. De là nous pensions faire une ballade a pieds a travers champs mais on nous met en garde contre les voleurs qui peuvent être sur le chemin. J’ai ma camera et Matthias son appareil photo. Je ne veux pas prendre le risque. Nous sommes donc obligés de prendre une camionnette pour 15 Q, ce qui est 4 fois le prix mais on n’a pas le choix. Arrivés là-haut dans la brume, nous nous joignons aux familles venues ici se détendre dans l’eau sulfureuse a 35 degres. C’est super agréable, nous sommes dans un nuage de vapeur au milieu d’une végétation luxuriante, musique latine et tubes années 80 dans les oreilles. Le plus dur c’est de sortir car il fait frisquet à 2400 mètres d’altitude. Puis, petit hamburguesa avant de repartir pour Zunil.

            Ce village Quechi est connu pour être un des fiefs de San Simon, personnage mystique né d’un mélange de croyance chrétienne et de magie. Nous demandons où il se trouve et payons un droit d’entrée ainsi qu’une taxe pour la photo. Et là, c’est la surprise : au fond d’une cabane, derrière un tapis de bougies, se trouve un mannequin habillé à l’occidentale de manière élégante assis sur une chaise a bascule. Deux hommes bien alcoolises lui parlent, lui tiennent les mains, l’embrassent dans le cou et...lui font boire de l’alcool. Car San Simon aime l’alcool, la cigarette et l’argent. Non reconnu, bien évidemment, par l’Eglise, plusieurs personnes officiant prononcent tout de même des paroles et prières chrétiennes, le syncrétisme étant la spécialité des indigènes au Guatemala. On lui apporte des offrandes en particuliers des shot d’alcool et des bougies, chaque couleur ayant une signification. Les gens s’agenouillent devant lui, le « maître » de cérémonies l’invoque en posant la main du mannequin sur la tête des croyants. C’est surprenant !
San Simon
San Simon

            Nous sortons tout de même boire un verre au bar Tecun avec Matthias puis passons par le Kocoloco mais c’est encore de la salsa et nous n’en avons pas envie. Direction dodo.