Guatemala
       Séparés depuis le Mexique, nous allons présenter nos carnets respectifs en parallèle, en alternant quelques semaines avec l'un puis quelques semaines avec l'autre.

CHRISTOPHE

Samedi 18 Mars : Viva Guatemala !
           La frontière et sa corruption endémique sont maintenant loin, c’est de plein pied que nous entrons dans le Peten, immense région au nord du Guatemala encore majoritairement couverte par la forêt tropicale. Florés se cache ici,  juchée sur une charmante presqu’île au milieu du lac Peten Itza,  reliée à la terre par un simple pont. Nous sommes ici en plein pays Maya et Florés s’enorgueillit d’être la dernière ville conquise par les espagnols. Elle est d’ailleurs le point de chute pour la visite du splendide site de Tikal ou une excursion dans la jungle du Peten.
            Mon séjour sera lui de bref duré, le temps d’un petit tour au marché pour acheter trois quatre bricoles. Des odeurs familières viennent me titiller les narines, 2 tuks tuks manquent de m’écraser les pieds, j’ai du mal à distinguer la limite entre le « trottoir » et le chemin de terre, toute cette agitation qui grouille dans la rue... Il y a comme quelque chose de familier à tout ça… Oui, je me sens à nouveau complètement dépaysé! Quel plaisir de retrouver cette  ambiance qu’on avait laissée loin en Asie. Le Mexique, malgré ses civilisations centenaires, est devenu très (ou trop!) proche de notre civilisation occidentale. Du coup, c’est avec ravissement que je me replonge dans le brouhaha et les odeurs de ce modeste marché guatémaltèque. Ici au moins, on ne m’adressera pas la parole en anglais.

Dimanche 19 mars : Volunteer Peten
            Petit coup de fil au réveil à Matéo, il est responsable d’une association à San Andres,  petit village perdu de l’autre côté du lac : volunteer peten (http://www.volunteerpeten.com/ ). Ramon passe me prendre en voiture, accompagné d’un espagnol qui travaille dans une boite anglaise spécialisée dans les vacances solidaires. C’est le dernier truc à la mode en Europe, il prospecte pour trouver des assos qui pourraient occuper pendant une semaine des occidentaux en pleine crise de culpabilisation. Moi le premier d’ailleurs, ce projet de 3 semaines tient plus du désir de me poser que de la pure philanthropie. Certes un engagement de quelques semaines est toujours mieux que rien, et pourtant, paradoxalement,  les raisons qui l’ont motivé restent souvent égoïstes : déculpabilisation, besoin de se sentir utile, envie d’une pause, de cotoyer les populations locales etc… Le véritable acte humanitaire à mon sens s’inscrit dans la durée ou le quotidien, et bien souvent, en commençant à côté de chez soi…
            Bref, après un trajet chargé en poussière et en nids de poule, nous arrivons à San Andrés. Il est 09h00, et le soleil semble déjà tout brûler. Nous avançons vers un homme à l’allure occidentale. Il délaisse ses planches et sa scie :
- « Hi! I’m Matéo, you must be Christophe ?».
- « Claro que si, parece que hay travajo por aqui… » (Dans l’mile Emile, il paraît qu’il y a du travail par ici…)

Il sourit et poursuivra dorénavant en espagnol :
- « Por seguro, siempre hay travajo por la gente de buena voluntad » (Bien sûr ! Il y a toujours du travail pour les gens de bonne volonté…)

           Il abandonne son travail (privilège rare puisque Matéo n’arrête jamais de travailler, 7 jours sur 7, 12 heures par jour) et nous amène faire le tour des installations. Tout en visitant son éco-parc, son projet initial, il m’explique le rôle des bénévoles : chacun vient pour aider à la construction des infrastructures (et la maintenance) et participer aux programmes éducatifs. Pour 75$ par semaine, nous sommes placés dans une famille d’accueil, qui nous fournit le coucher et trois repas par jour. La journée, nous pouvons choisir entre les différents programmes en cours : la construction d’une bibliothèque en « dur » pour les enfants du village, l’amélioration et la maintenance de l’éco-park, (défrichage, entretien des sentiers et des enclos, mise en place d’un musée de la faune et de la flore, et d’un petit musée maya à partir des reliques trouvées pendant la construction du parc…),  la concoction de lotions médicinales et de shampoing à partir des plantes du jardin botanique ou donner des cours d’anglais à l’école du village. Et le soir, on peut aider les enfants à faire leurs devoirs, ce qui finit (et bien souvent commence !) par une bonne partie de puissance quatre ou de dames…
           Alors que nous déambulons dans les rues, il m’indique différents édifices : « Ici nous avons construit une annexe à l’école » ou encore « là bas, nous avons posé un abri bus, anecdotique en apparence, mais pas tant que ça quand arrive la saison des pluies ou les fortes chaleurs ». Tout en me montrant ses nombreuses réalisations, un léger sourire s’esquisse sur son visage, mélange de fierté et de satisfaction. Nous arrivons à la librairie, le grand projet du moment. Les fondations ne sont pas encore finies. Il donne quelques directives aux deux maçons guatémaltèques et m’explique que ce travail ne fait pas l’unanimité chez les volontaires : c’est difficile physiquement et avec ce soleil qui tape sans cesse, ça ne suscite pas les vocations. L’allusion n’est pas très fine mais elle a le mérite d’être claire, « Roger Mateo, I read you loud and clear ». Il m’explique que le village ne dispose pour l’instant que d’une minuscule librairie de 15m2, bien trop petite compte tenu du nombre d’enfants et du succès de sa collecte de livres.
           Des enfants en provenance du terrain de foot accourent et viennent saluer Mateo : « Mateo, Mateo, me gusto mucho la pelicula de ayer, Bambi y todo… » (Mateo Mateo j’ai beaucoup aimé le film hier, Bambi et tout l’reste…). Mon « employeur » semble avoir la côte auprès des bambins du coin (qu’il appelle chacun par leur prénom), en fait, tout le village semble lui être reconnaissant. Car en plus de ses nombreuses réalisations, son activité offre du travail à la communauté en générant un peu de commerces avec les bénévoles (quelques bières…) et des emplois (les familles d’accueil, les ouvriers pour les chantiers et les profs d’espagnols). Je lui demande alors de me conter sa petite aventure :
           Tout a commencé il y a 6 ans. Armé d’un diplôme d’études « forestières », cet américain de Philadelphie a intégré une organisation humanitaire pour son service civil de deux ans. Il fut envoyé à Florés. Préférant les petits villages aux villes, il s’installa à San Andrés, faisant comme dans nos banlieues les allers retours à la ville pour son travail. La paperasserie et la lourdeur des démarches le frustrèrent dans son élan et le charme des habitants de San Andrés finit par le convaincre d’employer son énergie de manière plus efficace. A la fin de ses deux ans, il ne rentra pas chez lui et commença à travailler en autonome sur des projets sociaux avec la ville de San Andrés.  Il commença par peindre les immondes murs des bâtiments administratifs (luxe que ne peut s’offrir ce genre de commune au budget serré). Un bout de jungle à l’abandon à la limite du village lui donna l’idée de transformer cet espace en un parc dédié à la faune et la flore locales. Et voilà, l’aventure était lancée. Le plus dure fut de convaincre les locaux d’arrêter de chasser et de couper le bois  dans cet espace public protégé. Pas évident quand une « machete » à la main, ils vous font comprendre qu’en plus de couper des arbres, ce sabre guatémaltèque peut couper bien d’autres choses… Puis vint la difficile mission d’attirer des bénévoles dans ce coin perdu du Péten. Heureusement le bouche à oreille et Internet jouèrent à merveille leur rôle de recruteur et l’entreprise, cahin caha, poursuivit son petit bonhomme de chemin. On compte maintenant entre 5 et 15 bénévoles en même temps qui restent entre 1 semaine et 1 an. Il m’explique fièrement que son organisation est totalement auto financée (donations, aides, bénévole) et qu’il n’a pas besoin de « se salir les mains » pour obtenir de l’argent. Sur les 75$ que nous payons, la moitié va directement à la famille l’autre au financement des projets sociaux. Je suis impressionné. Tant de choses ont été accomplie en si peu de temps, par la simple volonté d’un seul homme. On dit qu’il n’y a pas d’échecs, seulement un manque de désir. Et bien il en avait à revendre le Matéo.
Je l’écoute parler, heureux de constater qu’ils existent encore des hommes capables de sacrifier leur vie dans l’ombre, pour un idéal qui transcende nos petits plaisirs quotidiens

            Je lui demande naïvement s’il compte continuer longtemps. « Le travail ne fait que commencer ». Je réalise que je ne pouvais rêver meilleur endroit pour combiner une plongée dans la culture guatémaltèque et une pause salutaire.
Pour toute personne intéressée, voici le site:
http://www.volunteerpeten.com.

            Nous mangeons à la principale cantina de San Andrés, chez Betty. Il s’agit en fat de ma Mama, la personne qui va m’héberger pendant 3 semaines. Pour le gros mangeur que je suis, je ne pouvais rêver mieux, ce sera resto tous les jours ! Et cerise sur le gâteau, Gloria, sa fille de 18 ans élue Miss Peten l’an passé, m’invite à une baignade rafraîchissante dans les eaux du lac à 25°C. Je vous le disais, point de philanthropie par ici…
Mateo y mi Mama
Mateo et Betty, mi Mama
Los baños
Los baños
           La maison est située à 30m des berges. Ici s’arrête la comparaison avec notre bungalow paradisiaque des maldives. Les murs, ou plutôt les cloisons intérieures, s’apparentent à des planches en carton renforcé. Pas de volet ni rideau, quant au plafond, il est composé d’une taule ondulée laissant un intervalle de 50 cm avec le mur. Je fais l’impasse sur l’absence de miroir pour se raser etc… Heureusement l’eau, bien que froide, arrive jusqu’à la douche...à heure fixe ! Ma famille étant des plus accueillantes nous avons eu la chance de compter parmi nos invités quelques lézards et moustiques, de même blattes et cafards ne se sont pas faits priés pour nous rendre visite. Une tarentule a pointé le bout de ses pattes en fin de séjour, vite évincée d’un coup de balai par la Mama. Une véritable auberge espagnole en quelque sorte! Mais je ne me plains pas, j’ai la chance d’avoir les toilettes à l’intérieur et l’électricité. Je vais en effet croiser pendant les semaines qui suivent, de nombreux jeunes guatémaltèques révisant leurs leçons, allongés dans la rue profitant de la lumière des rares lampadaires.
           Rapide présentation de la famille: Betty, la mama, personnage truculent digne représentant de la gastronomie locale, ses enfants : Arol, 21 ans, travaille à la ville dans une boite, Gloria 18 ans la protégée de la famille (élue miss Péten si vous vous souvenez !), Flanssiscoo 14 ans, archétype de l’adolescent turbulent et attachant, et enfin Juan Pablo, 9 ans, l’œil vif et le sourire charmeur. Puis nous avons Martha 19 ans qui aide Betty à la Cantina contre le logis. Après ses 10h de travail (06h30/17h00) elle « bénéficie » d’une petite pause lessive/devoirs, puis enchaîne de 18 à 22h avec des cours au « lycée » pour décrocher un diplôme d’institutrice. Un grand absent dans toute cette smala, el padre : après quelques années passées à travailler clandestinement aux Etats-Unis, il est maintenant au Nicaragua et revient une fois par an.

Francisco y Juan Pablo
Francisco y Juan Pablo
Betty, Juan Pablo, Francisco, Marta, Gloria
Betty, Francisco, Juan Pablo, Marta et Gloria

           Juan Pablo et Francisco profitent de la fin d’après midi pour m’amener à la feria, dans le village voisin de San Jose. Apres une longue marche où nous avons été rejoins par d’autres jeunes, nous montons sur des palissades pour assister à un spectacle de Vacqueyros. Sport national au Mexique, je me devais d’en voir un, et bien ce sera ici. Il s’agit d’un « savoureux » mélange entre les rodéos à l’américaine, nos spectacles de vaches landaises et notre rocambolesque Interville. Je me délecte de ce qui s’offre à mes yeux : les cow boys latinos, harnachés d’un équipement digne de John Wayne, jean avec surpantalons en cuir, ceinturon Harley Davidson (oui, il y avait des motos à l’époque de fort Alamo!), santiags, chemises à carreaux et démarche à la Lucky Luke, s’accrochent aux taureaux comme ils peuvent et tiennent entre 3 et 13 secondes. Puis deux clowns travestis investissent l’arène, et tels de valeureux peones détournent l’attention des taureaux. Là s’arrête l’allusion tauromachique puisque clowns et vachettes s’amusent ensuite à des jeux tirés de la plus folle imagination d’un Guy Lux au sommet de sa forme. Le soir, ce sera un petit coup de main pour les devoirs puis petite leçon de salsa avec Gloria qui ne jure que par le reggaeton. Pour le retour à la maison, les flics plutôt désoeuvrés dans le coin, nous prendront en stop dans leur pick up.

Vacqueyros
Vacqueyros

Vacqueyros
Vacqueyros

Du Samedi 18 mars au dimanche 9 avril : Séjour à San Andres

           Plutôt que détailler jours par jours ces quelques semaines, le carnet va s’articuler comme pour les Maldives sous forme thématique :

           Ma Famille, Matéo et l’association Volunteerpeten, ça c’est fait !

Les collègues :
Yoli : ma prof d’espagnole, la cinquantaine et une vie agitée comme beaucoup de familles ici. Elle a du se réfugier de la guerre civile dans la montagne, l’armée gouvernementale ayant pris la facheuse habitude d’assassiner les gens après un jugement expéditif.
Mariée après la guerre, son mari puis ses enfants s’exilèrent aux Etats-Unis pour travailler clandestinement. Ils ont payé jusqu’à 20000 euros au coyote (passeur) pour passer du Mexique aux Etats-Unis. On a tous vu ces reportages à la télé sur ces clandestins épuisés, marchant à travers le désert puis finissant dans une cage à poule de l’autre côté de la frontière, pour travailler 15h par jour dans un garage ou dans le bâtiment. Sauf qu’ici, les protagonistes eux-mêmes nous racontent leur histoire et je reste accroché à chacune de leurs paroles: les 3 jours de marche dans le désert, la traversée du Rio Grande souvent en crue, ce compagnon ou cet enfant qu’on voit emporté par les eaux, le souvenir de ceux qu’on a laissé mourir dans le désert trop faibles pour suivre le rythme. La solidarité joue au début, puis les jours passent, la fatigue, la faim, la chaleur les poussent dans leurs réserves et c’est chacun pour soi. Face à la recrudescence de décès dans le désert, le gouvernement américain a mis en place des phares dans le désert avec à leur base des bidons d’eau. Pourtant, même après toutes ces épreuves traversées, rien n’est joué. De l’autre côté, ils sont parfois immédiatement cueillis par la police qui refait en quelques heures ce que vous avez mis plusieurs jours à faire. « Heureusement », le package de 20000 euros comprend 3 tentatives pour le prix d’une… Puis, en cas de réussite, ce sont les communautés qui prennent le relais, la débrouillardise et la chance…

           Dans le cas de Yoli, son mari continue de travailler là bas à plus de 60 ans pour gagner une misère. Un de ces fils a du rentrer après 6 ans de clandestinité, mais grâce à sa maîtrise de l’anglais  il a pu trouver un boulot dans le tourisme à Tikal. Son fils aîné a lui eu plus de chance, il a un travail décent, des papiers, une maison et une famille. Dommage que Yoli n’ait jamais pu voir sa nièce. En effet, l’obtention d’un visa pour une personne n’ayant ni terres, ni voiture, ni maison, ni « fonds de pension » est mission impossible… Il faut savoir que la première source de devises au Guatemala n’est ni l’agriculture, ni le tourisme, mais les capitaux envoyés depuis l’étranger aux familles. C’est une des raisons pour lesquelles le pays essaye d’entretenir de bons rapports avec les US. Il y a de ça 10 ans, le café, la canne à sucre, la cardamome et le tourisme devançaient tous en importance les capitaux étrangers, permettant au pays une relative indépendance financière… et donc politique. La mondialisation ayant fait son travail de sape, les petits producteurs n’ont pas pu rivaliser avec des pays comme le Mexique, les Etats-Unis ou la Chine. De nombreux villages ont ainsi perdu leur petite économie locale, certes ça ne leur permettait pas d’acheter une voiture, mais leur assiette était pleine tous les jours. Aujourd'hui, il suffit de discuter avec n’importe quel jeune pour réaliser que le seul rêve de ses enfants est de tenter sa chance aux Etats-Unis.

André : 18 ans, le plus jeune d’entre nous. Brésilien adopté  par une famille américaine, il est là depuis 6 mois et semble ne pas avoir trouvé ce qu’il était venu chercher. C’est l’archétype du vieil ado gâté, en quête d’identité. Mais ce qui me choque le plus, c’est qu’après autant de temps passé au Guatemala il ne parle pas un mot d’espagnol ! Pardon, je suis mauvaise langue, il sait dire hola, gracias y no hablo espanol.

Mika
Mika : tout juste plus âgée, elle forme avec André le black power. Cette métisse canadienne (anglophone) arrivée ici il y a 2 mois est une bouffée d’oxygène : pleine de vie c’est une véritable pile électrique. Elle parle, rie aux éclats, s’agite, travaille…un peu, bref une vraie tornade.

Sofia : suédoise, rousse pour faire mentir les stéréotypes, 20 ans, en vadrouille pour quelques mois avant de rattaquer l’université.
Sofia
Franck
Franck : pour ceux qui suivent, c’est mon pote allemand croisé à Tulum, mon casque à pointe, mein liebe coucou comme disent certains. Il a quitté son job aux Etats-Unis pour faire un petit bout de chemin en Amérique latine.

Daniela : 23 ans, anglaise et, chose suffisamment rare pour être soulignée de la part de nos « amis » d’outre Manche, elle est pratiquement trilingue en espagnol et en français. Elle fera partie des plus courageuses pour la construction de la bibliothèque.
Daniela


Organisation d’une journée classique :
05h30, les chiens aboient et la caravane passe. Pas de grasse matinée ici, à 06h30 tout le monde est à pieds d’œuvre. Petit déjeuner avec les enfants puis je file à mes cours d’espagnol en tête à tête avec Yoli entre 08H00 et 12H00.

Repas à la cantina avec Betty, Gloria et Francisco. (le Chili relleno y est un régal !)

De 13H00 à 17H00, je travaille pour l’association, je me consacrerai presque exclusivement à la construction de la bibliothèque, ce qui fera bien rire tous ceux qui ont un jour pu apprécier mes talents de bricoleur. Pourvu que les murs tiennent…
En quelques mots, on porte des blocs, on fait « la mezcla » (le ciment, pas de bétoneuse ici, on fait tout à la main et à la pelle), on prépare les armatures en fer et on monte le tout comme un « mécano ». C’est pas un travail de grande finesse et je comprends enfin les origines de l’expression « tu m’as fait un travail de maçon ». En tout cas, comme mes premiers jobs à 16 ans, ça me permet d’appréhender dans sa réalité les difficultés de ces métiers dit « d’en bas ». Chuis bien content d'avoir un peu pousser les études. J’en profite en plus pour me défouler physiquement et il faut reconnaître que c’est plutôt gratifiant de voir les choses avancer. Certes la bibliothèque sera loin d’être finie à mon départ mais quelques briques auront poussé sur ce terrain vague.

Chantier bibliotheque San Andres
Le chantier de la bibliothèque et les collègues

Je rejoins ensuite Franck et parfois d’autres loustiques pour quelques longueurs dans le lac. Apres 4h de maçonnerie, ce lac est une providence pour éliminer crasse et fatigue accumulées sous ce soleil brûlant.
En fin de journée, quand le soleil se couche, le lac prend parfois des airs de petit coin de paradis, avec ces palmiers et le reflet d’un beau ciel rougeoyant. On n’est pas bien là, hein Tintin !

Dîner ensuite à la cantina avec la familia

Pour le soir, plusieurs options, on peut aider les enfants avec leurs devoirs ou simplement jouer avec eux à la bibliothèque jusqu’à 21h (j’ai d’ailleurs pris quelques corrections mémorables aux dames !), se faire un p’tit dvd chez Matéo ou aller siffler quelques bières entre bénévoles, à la cantina ou autour d’un feu près du lac.

Bref, je vais vite me rendre compte que les journées passent très vite et qu’on a peu de temps pour soi. La majorité des étrangers ici ne font que le volontariat sans les cours, ce qui leur laisse ½ journée de libre. Mais à 3$ le cours sous les cocotiers, l’occasion était trop belle de progresser dans la langue de Sancho Panza.

Quelques anecdotes :

Revue de presse :
           Tous les jours à la cantina, je jette un œil au comptoir à « nuestro Diario », journal symptomatique de la presse guatémaltèque.
En couverture, « Atacan a mi familia, matrimonio y sus dos hijos asesinados ayer a sangre fria, el drama : 7 hombre vestidos de negro tomaron por asalto un bus y mataron a 4 miembros de una familia (des parents et leurs deux enfants assassinés dans un bus).
2eme  page :
« asesinan a 5 en un comedor », « mujer de 22 anos asesinada a balazos » (5 morts dans un bar, une femme de 22ans assassinée)
3eme page :« era mecanico, le dispararon y huyeron en moto » (un mécano assassiné par balles) puis « intentaron atacar a una discoteca » (attaque de discotèque).
Puis viennent les accidents de bus, de travail (dans le bâtiment notamment !!) etc… 10 pages pendant lesquelles les gens sont gavées de violence, banalisant la mort par son omniprésence. Du coup, on en vient à sortir la « machete » (prononcée matchété) pour un regard déplacé. Pendant mon séjour au Guatemala, un homme sera retrouvé assassiné sur le bord de la route ici à San Andres, puis un autre quand nous serons au lago Attitlan. Ca fait pas mal pour un séjour de 7 semaines !
Noticias
Noticias

           Même si on croise parfois à la cantina quelques cowboys le pistolet à la ceinture, San Andrés reste un village paisible puisque le dernier assassinat remontait à un an. Par contre le quartier de San Benito à Flores est réputée pour ces règlements de compte et ses rues peu sures. Ici ce sont des bandes de jeunes de 15 à 18 ans, les Maras, qui font régner la terreur. La détention d’armes étant libre, en ville la machete laisse place au pistolet, moins gore et moins sanglant, mais beaucoup plus expéditif. Le gouvernement n’a pas officialisé la chose mais il est de notoriété publique qu’il y a , comme au Brésil, « una limpieza social ». On trouve au petit matin 1 ou 2 jeunes de ces Maras, tués par balles. Pas de jugement, pas de prisons surpeuplées, pas d’histoire avec les droits de l’homme, mais un verdict…sans appel.


80 ans et toutes ses dents
Rencontre :
           Avec Yoli nous visitons une femme de 80 ans. Je suis immédiatement impressionnée par sa vitalité et sa fraîcheur. Pourtant, ses enfants étant trop pauvres pour l’aider, elle continue de travailler. Pour payer loyer et électricité. Elle vend le « chicle » (gomme qui provient du latex blanc du sapotillier) récupéré par un chiclero, cuisine des tortillas et se débrouille comme elle peut avec les plantes du coin pour soigner ces petits problèmes de santé. Le secret de sa forme, un optimisme à toute épreuve et un grand dynamisme, « le travail c’est la santé… ». Travailler plus (longtemps) pour gagner plus ça vous rappelle quelque chose ?
Chicle
Chicle

Le Peten :
           C’est la plus grande région du Guatemala, avec plus d’1/3 du territoire recouvert d’une végétation luxuriante. Beaucoup d’indigènes qui avaient fait la guerre et fuient au Mexique(au Chiapas notamment) reviennent ici en s’adjudant quelques lopins de terre. Ces gens là (les retornados) ont énormément souffert de la guerre, souvent  perdu plusieurs membres de leur famille et subi leur lot de sévices et tortures. Je ne sais pas si le terme « élevé à la dure » colle parfaitement, toujours est-il qu’ici, dans la forêt, on a la « machete » facile. Pas de police dans ces bois. Tout ce qui concerne les vols, viols et assassinats, c’est le village qui juge…et condamne. On nous a fait part de plusieurs morts par crémation.  Le dernier dans la région, par exemple, remonte à un an. 3 jeunes hommes avaient violé une femme et cambriolé sa cabane. Ils en ont retrouvé deux, la police, elle, n’a retrouvé que deux corps calcinés. Quant au 3eme, il doit courir encore dans la forêt… Ces lynchages sont devenus le seul moyen pour la population de se défendre face à une police corrompue. Ils ont trop souvent vu le retour de ces bandits suite à quelques mains bien graissées, alors maintenant ils se font justice eux mêmes.

           Pendant la guérilla, dans les années 80, le gouvernement a autorisé le port d’armes, ce qui n’a pas arrangé les choses. Beaucoup de rancoeurs en effet ont été accumulées au cours de l’histoire entre latinos et indigènes, et cette loi a mis le feu aux poudres. On se vengeait par le sang de la moindre brimade passée, humiliation, expropriation… Même si les méfaits remontaient à deux/trois générations, les rancoeurs sont tenaces.

Arrivée de Sophie :
           Ding dong qui voilà ? Sophie ! Difficile de faire le deuil dans ces conditions, la chaire est à vif…Pour l’abecdote, elle a reconnu mon cadenas à Florés, dans une auberge (des affaires que j’avais oubliées et que je comptais récupérer la semaine suivante). M’imaginant en vadrouille sur un trek quelconque, Sophie décide de venir à San Andrés pour prendre quelques cours d’espagnol, le temps d’attendre les personnes avec qui elle voyage parties 5 jours en rando. Hasard, destinée, ou pas d’bol…A peine douze jours que nous sommes séparés, et on se recroise ici, perdus au milieu de la forêt guatémaltèque. Elle restera une semaine, pas facile de s’intégrer dans ces conditions. Nos rapports seront tendus au début. Yoli, qui nous a pour prof (moi le matin et Sophie l’après midi) s’amusera à jouer un rôle de médiateur. Une séance de psychologie de couple en bonus de chaque cours d’espagnol, décidément le pays est vraiment bon marché. Toujours est-il que j’ai l’impression de faire tous les matins un commentaire composé en espagnol sur « les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus ».

La Curandera :
           Coincé entre la jungle d’un côté et la lac Petén Itzá de l’autre, le village de San Andrés est situé dans une des régions les plus reculées du Guatemala. Pas étonnant que certains attributs de la société moderne ne soient pas parvenus jusqu’ici. La médecine fait partie de ces pans de société où la tradition domine encore.
           Ainsi, le premier réflexe des habitants face à la maladie est de consulter la guérisseuse locale (sorte de gourou, chamane ou dans le dialecte local, curandera), tandis que les médicaments occidentaux sont souvent vus avec beaucoup de méfiance. Cette science de la médecine traditionnelle est un mélange d’anciennes croyances mayas (axées sur les propriétés médicinales des milliers de plantes de la jungle) et de magie, le tout saupoudré  d’une pincée de christianisme sous l’œil bienveillant du monde des esprits...
           Curieux par nature et souffrant d’un léger mal de dos, je me suis mis en quête d’une telle guérisseuse. San Andrés en a plusieurs; avec Franck, nous choisissons celle qui semble faire l’unanimité. Si vous êtes fan d’Harry Potter ou si vous avez l’imagination fertile, je suis désolé de vous décevoir, mais la curandera ne nous a pas accueilli d’un coup de baguette magique, ni à califourchon sur son balai volant. Elle ne vivait pas non plus dans une vieille maison perdue au milieu de la jungle et je n’ai noté aucune fiole frémissante sous les bulles et la fumée, encore moins de bave de crapaud. En fait, son apparence et sa maison étaient semblables à celle de n’importe quel habitant de San Andrés, légèrement délabrée (la maison !), avec des planches de bois pour murs et de la tôle faisant office de toit.
           Un jeune enfant nous précède, il semble souffrir des bronches. Après une séance digne d’une scène de l’exorciste, le jeune couple repart avec l’enfant, apparemment délivré de son mal. Il est trop tard pour faire demi tour. La curandera commence par me planter les épines (non stérilisées dois-je le préciser…) d’un poisson très rare, endémique au rio Passion, le tout en récitant des incantations :« K'ac Joplaj Chan K'awiil aïe  K’inich Popol Hol   ouïlle  Uaxaclajuun Ub'aah  aïeuuuuu Popol Vuh … ». Après ces multiples piqûres, elle m’applique une pommade fait maison, mélange probable d’eucalyptus et de menthe (les fameuses pommades « Bonne maman ») puis se livre à des attouchements qui tiennent plus du pétrissage de mon boulanger que de la douceur des massages de Khao San Road. Elle m’explique qu’une femme enceinte de son premier enfant possède les mêmes pouvoirs qu’elles en matière de magie noire, jusqu’à l’accouchement. La prochaine fois, j’irai voir la femme enceinte, elle sera peut être plus douce. Vous le croirez ou pas, mais mon mal de dos est passé. Elle m’explique que la douleur provient souvent de l’accumulation de tension et de stress, lesquels se matérialisent par des poches d’air sous la peau qu’il suffit simplement de percer… Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ! Franck, second sur la liste, a des problèmes de vue, et voit d’un mauvais œil la séance de plantage d’arrêtes de poisson, aussi sacré soit il, dans ses sourcils et sur ses tempes. Finalement, l’air fut évacué et aucun œil ne fut percé. Nous échangeons quelques mots sur la transmission de ce savoir avant de prendre congé de ce charmant couple (45 ans de mariage !). La nuit nous attend dehors, ainsi que les aboiements de leurs nombreux chiens. Mon dos encore sous la sensation du chaud/froid à l’eucalyptus je rejoins ma famille, guéri…peut être.

Curandera
RDV chez la Curandera
Curandera
RDV chez la Curandera
Curandera
RDV chez la Curandera

La sortie du WE :
           A travailler durement toute la semaine (je ne savais plus ce que c’était !), on en revient à attendre le WE avec impatience. On attrape la gwa gwa après le chantier, ou plutôt le colectivo, avec pour tout bagage une brosse à dent, du rhum et diverses drogues locales pas bien dures à trouver dans la région. 1h de bus jusqu’à la ville de Flores, on pose la brosse à dent à l’hôtel, puis direction le happy hour de « los amigos », où on se retrouve avec tous les volontaires.
           Franck, beau bébé allemand de dépassant les 90 kgs, de nature plutôt posée et tranquille, dont la mère enseigne le yoga, habitué des centres de méditations et des semaines de jeun, se transforme la nuit sous l’effet de « l’obscurité » (synonyme ici de « substances euphorisantes »), en drôle d’oiseau complètement déluré, à l’humour ravageur et à la bêtise sans limite... Les filles ne sont pas en reste sur le rhum et c’est une troupe de joyeux drilles qui met le cap sur la boite locale. Ici, pas de salsa, reggae, cumbia ou merengue, Les DJ ne jurent que par le reggaeton. Il faut voir ces jeunes remuer sur des chansons qui ne parlent que d’amour dans son sens le plus physique (de sex quoi !). Comme à Cuba, ce sont de véritables orgies dansantes, certains couples mimant presque l’acte amoureux tandis que le balancement rythmé et sensuelle de ces fesses métisses nous donnent le tournis (à moins que ce ne soit le rhum…). C’est drôle d’ailleurs de les voir se déchaîner ainsi, de les entendre parler de sex, alors qu’on a bien conscience du décalage avec la réalité ; le poids de l’église et la pression familiale n’autorisant pas ces « débordements »… Ce soir nous avons droit à l’élection de miss verano (miss été), un classique des boites du pays… Ce n’est en fait qu’une revue d’adolescentes en bikini, paradoxal quand on sait qu’il est très mal vu de porter des deux pièces sur les « plages » du lac.
           A 01h00 surprise ! Tout s’arrête. A cause des problèmes de violence on ferme tôt. Tant pis, on finit la nuit sur les berges du lac puis à l’hôtel. En tout cas, cette nuit aura confirmé ce vieil adage cher aux rugbymen, « une bonne soirée en début de saison, ça crée des liens et ça ressert le groupe ».

Lendemain de bringue :
            Mika qui ne tient pas en place se lève à 07h00 du mat et commence à jacasser. Son autrichien, ramassé la veille en boite, a déjà libéré le lit « conjugual ». Pas de méprise cependant, la belle est pucelle malgré son palmarès d’une demi douzaine de conquêtes depuis son arrivée. Ca jase au village, mais au Canada, on n’offre pas sa rose au premier venu. D’ailleurs sa mère à l’aéroport la quitta sur ces paroles : « get drunk but no sex ! ».
            Sofia la suédoise et Daniela l’anglaise prennent ensuite le relais, le dortoir de l’hôtel devient vite un véritable poulailler. Tant pis, on fera avec nos 2h de sommeil, mais là, Franck et moi, on n’en peut plus, direction Tikal pour une journée culturelle.

Un trajet « local » !
            San Andrés n’est qu’à 70 kms deTikal, le site maya le plus célèbre du Guatemala. Impatient de découvrir ces vestiges, nous décidons avec Franck de nous rendre à Florés pour prendre un bus. De nombreuses agences font la publicité auprès des routards de leur propres navettes, pour 7$ l’aller retour. Elles surtaxent généralement leur prix de 70%, alors, par principe, et ravis d’éviter les cages à backpackers, nous nous dirigeons pour prendre le colectivo à la gare routière.
            Après avoir fait notre chemin au milieu du marché et des dizaines de minibus desservant les villages alentours, nous en trouvons un à destination de Tikal. Départ dans quelques minutes, parfait ! Malheureusement, notre bonne étoile s’arrêtera là…
Le rabatteur (celui qui crie les destinations) est incapable de nous donner le prix de la course et nous demande d’attendre le chauffeur. 45 mns plus tard (14h30 le départ prévu était à 14h00), toujours pas de chauffeur. Je réalise que nous venons de rater la dernière navette des agences de voyage, et on nous annonce que c’est le dernier colectivo pour Tikal aujourd’hui. Finalement, ça n’était peut être pas une si bonne idée que ça… entre temps, le rabatteur a réussi l’exploit de remplir les quatre rangées de siège du  minibus avec plus de vingt personnes, chacune attendant patiemment l’arrivée du chauffeur. 20 minutes plus tard, le héros de l’heure précédente sort tranquillement d’une cafétéria et s’approche du bus. Bien entendu, avant de partir, le chauffeur salue ses collègues dans les autres navettes et échange les nouvelles du jour.  Quand nous partons, il est 15h00 passé.

            Le chauffeur se retourne pour nous saluer en nous montrant au passage sa criante infirmité, il n’a qu’un œil (en fait on devine le deuxième caché derrière un sourcil clos, tendant désespérément vers la gauche…). « J’en ai vu des pires » me dis-je à moi-même quand le colectivo s’arrête à un garage. Nous sommes soulagés de voir qu’il ne s’agissait que du regonflage de pneus. 10 minutes plus tard, nous sommes de nouveau sur la route, mais attention, avant que le voyage ne commence vraiment, nous devons passer à la station pour faire le plein. Un modèle d’organisation locale ce bus. Puis ce sera l’épicier du coin pour quelques chips et une boisson. Ouf, nous revoilà sur la route, une demi heure de plus au compteur, mais c’est pour s’apercevoir que nous revenons exactement à l’endroit que nous avons quitté il y a une heure, c'est-à-dire… la gare routière ! « J’ai promis à un ami que je passerai le prendre » nous lance le chauffeur calmement « mais je n’arrive pas à le trouver ». Il descend du bus, marche ci et là, lançant son seul œil valide dans toutes les caféts environnantes. Il revient 15 minutes plus tard, son ami est probablement en retard puisqu’il est plus de 16h00 (avec un départ à l’origine à 14h00). Le trajet ne devait durer qu’une heure et demi, ce qui signifie que si nous avions pris sagement notre billet avec l’agence nous serions déjà arrivés à Tikal ; alors que là, nous sommes toujours à Flores, attendant désespéramment notre chauffeur borgne et son fantôme d’ami, empaquetés dans un minivan sous un soleil chauffant à plus de 35°C (sans air conditionné bien sûr).
chauffeur borgne
Chauffeur borgne

            Finalement nous prenons la route sans autre incident notable et arrivons 1h45 plus tard (les colectivos s’arrêtent souvent contrairement aux navettes des agences). Après avoir récupéré nos sacs à dos, notre ami borgne nous demande 4$, soit plus de la moitié de ce que nous aurions payé avec l’agence pour l’aller retour. Les locaux payant la même somme, aucune négociation n’était envisageable. On réalise alors que nos petits principes nous ont coûté « plus » d’argent et presque 2h30 de retard.
            J’aime cependant à voir les choses différemment. Si je n’avais pas pris ce colectivo, je ne garderai pas le souvenir charmant de la manière dont fonctionnent les choses en Amérique latine et je n’aurai pas écrit cette petite feuille. J’ai pu faire de plus l’expérience de l’étonnante patience de tous ces gens, pas pressé, pas stressé, dont le seul but de la journée est de se rendre d’un point A à un point B. Et si ça prend 2 jours, ça n’en a pas pris trois. Pas une fois nous n’avons entendu ne serait ce qu’un grognement, un soupir. Bien au contraire, ces quatre heures de voyage ont été marquées d’une atmosphère nonchalante et détendue.
            Nous quittons nos compagnons de voyage, le sourire en coin, juste dans les temps pour admirer le majestueux coucher de soleil depuis les ruine de Tikal.

Tikal :
           Nous arrivons sur le site en fin de journée. Nous nous enfonçons dans la forêt pour rejoindre les plus hautes pyramides depuis lesquelles le coucher de soleil a paraît il la saveur de l’éternité. Sur le chemin nous croisons un toucan tandis que les singes hurleurs rythment nos pas de leurs hurlements effrayants. Un immense Ceibal, arbre emblématique du Guatemala, les racines en forme de croix et le tronc plus large que ma polo, nous salue au passage. Deux gardiens s’avancent et nous proposent de dormir dans le plus haut temple contre 30 euros chacun, Le prix d’un hôtel « formule 1 » en somme. Seule différence, au lieu d’une chambre aseptisée de 15m2, on se retrouverait seuls sur ces ruines chargées d’histoire, tenant tête à la jungle avec un panorama de 360°. Un moment unique, sans prix, alors pourquoi ne pas leur graisser la patte ? Peut être parce que payer ces 30 euros serait quelque part cautionner ce système de corruption, véritable gangrène pour le pays. Un peu de rébellion à la douane, refuser certains passe-droits, quelques coups de gueule de temps en temps sont finalement notre modeste contribution pour ne pas entretenir le système. Dommage tout de même, l’expérience aurait sans doute été inoubliable à l’image de cette nuit sur la muraille de Chine, où le vent du Gobi venait nous fouetter le visage sous la lumière des éclairs. (cf les aventures de Christophe et Sophie en Chine).

Tikal
Tikal
           Au sommet de la pyramide, la vision de ces monstres de pierre nous confirme ce qu’en bas nous devinions, un site d’une sauvagerie grandiose. On réalise pourquoi les mayas se sentaient si près des dieux ici. Les ruines de Tikal se distinguent de tout ce que j’ai pu visiter jusqu’à maintenant. Si Chichen Itza se différenciait par la taille de ces pyramides, Palenque par le  charme suranné de son site noyé dans les brumes matinales, Tulum par sa vue spectaculaire sur l’océan et Uxmal par le détails de ses sculptures, Tikal reste unique par sa majesté au milieu de cette jungle à l’inquiétante rumeur. Et ce qui ne gâche rien, peu de touristes, le site reste beaucoup moins accessible que ceux du Mexique. Perchés sur nos ruines centenaires nous restons sous le charme de ces géants de pierre, émergeant de cette mer de verdure, avec en fond d’écran les rouges éclatants d’un coucher de soleil nuageux (si j’en fais trop vous m’arrêtez !!!!). Allez, on s’réveille/faut se réveiller il faut aller se coucher ! Nous rentrons dans l’obscurité jusqu’à une clairière aménagée ou nous plantons la tente.
           Première nuit sous la tente avec un allemand d’1m93 et 93 kilos, ça change de Sophie. Nous nous levons à 04H00 pour profiter du lever de soleil. Je dois admettre que je ne suis pas un grand fan de vieilles pierres, j’ai toujours préféré la virginité d’une nature sauvage aux constructions humaines. Mais comme à Bagan en Birmanie, le mariage vestige/nature est ici des plus réussi. Les racines épaisses surgissent de terre et, plus solides que nos alliances (que la notre en tout cas !), s’enroulent aux pierres en célébrant à leur manière cette union centenaire. Nous poursuivons la visite  tandis que les nids de tarentules, quelques coatis (ratons laveurs locaux), serpents et toucans viennent nous rappeler qu’ici la nature n’a pas abandonné ces droits. Nos T-shirts ne restent pas longtemps secs, les marches dépassant parfois 50 cm de haut. Ces ruines magnifiquement restaurées nous plongent littéralement au cœur de cette ancienne cité, riche de 50000 âmes sous le règne d’Ah Cacao (no joke ! Et je ne vous ai pas parlé des autres rois, Jaguar grande griffe, Grenouille fumante ou Lune double peigne…). Refrain classique aux cités mayas, la chute de cette civilisation reste inexpliquée : explosion démographique, baisse de la production agricole avec l’appauvrissement des terres, famines, sécheresses, rébellions… Mmmhh, il parait que l’histoire est cyclique, ça sonne comme un rêve prémonitoire..
Coatis
Coatis
Vegetation Tikal
Vegetation Tikale

Les bienfaits de la sédentarisation :
           Voilà plus de 15 jours que je suis sédentaire et j’en apprécie de plus en plus les bienfaits. Quel bonheur de ne pas avoir à faire et défaire son sac, de saluer mes potes guatémaltèques dans la rue ou taper le bout de gras avec l’épicière, comme si ça faisait une éternité que j’habitais là ! 

Allo !
           Une seule chose peut être me manque, vous allez rire, le téléphone ! Le village, construit sur une pente, est allongé et il faut 15 bonnes minutes et un T-shirt trempé de sueur  pour aller voir les collègues (40 mns pour aller jusqu’au parc). Certes ça fait pas de mal, mais quand il s’agit juste de délivrer un petit message, on se dit qu’il n’y a pas que du mauvais à la modernisation…

Superstition locale
           Le saviez vous ? Il peut être intéressant de connaître la lune de son jour de naissance, en effet ce sera la même le jour de sa mort. Faites un effort de mémoire et vous verrez qu’il y a du vrai. Conclusion, si vous êtes né un jour de pleine lune, évitez les activités à risque à chaque pleine lune car la grande faucheuse n’est jamais loin…

Petite histoire de la corruption au Guatemala :
           Le Guatemala proclama son indépendance en 1821 et comme son voisin d’à côté, le Mexique (avec Porfirio Diaz), eut à sa tête un dictateur entre la fin du XIXeme siècle et le début du XXeme siècle : Manuel Estrada. Comme son collègue, il livra son pays aux capitaux étrangers pour s’en mettre plein les bourses, notamment à la tristement célèbre compagnie américaine United fruit & co. Cet immense empire fruitier est à l’origine du terme « république bananière » très usité dans la région. Toutes les tentatives légales pour faire tomber ces dictateurs, réduire les inégalités et redonner des terres au peuple ont avorté. Ces régimes étaient effectivement soutenus par les Etats-Unis, qui qualifiaient ces sursauts de communistes, et protégeaient ainsi leurs intérêts. Cette attitude a donné naissance aux nombreuses guérillas du pays. En effet, pour le business, mieux vaut une bonne dictature à la poigne de fer plutôt qu’une démographie naissante forcément bordélique. God bless America ! Ils semblent aujourd'hui vouloir se racheter au Moyen Orient en donnant la chasse à certains dictateurs… Bref, la vague gauchiste qui est en train de balayer l’Amérique du sud et qui va peut être remonter jusqu’au Mexique cet été (l’avenir nous prouvera que non malgré de nombreuses irrégularités électorales…) est de bonne augure, même si il faudra encore beaucoup de temps pour effacer les cicatrices, et éradiquer la corruption, ce terrible lègue de la fin du XIXeme siecle.
           En ce qui concerne la guerre civile des années 70, 95% des richesses étaient détenus par 5% de la population, alors que le pays décollait. Les Guatémaltèques en ont eu assez que la croissance ne profitent qu’aux nantis, ce qui se traduisit par une des guerres civiles les plus sanglantes d’Amérique latine. Histoire difficile du peuple Maya, les conquistadors, puis les fincarelos et enfin la guerilla… Les cicatrices sont loin d'être refermées aujoud'hui.
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Tranches de vie:
           Nous prenons le thé avec Yoli, attablé dans sa cuisine, la discution triviale au début prend une tournure plus sérieuse quand nous abordons le destin de sa famille. Yoli n’avait pas douze ans, elle vivait plus au sud avec ses parents et ses  huit cousins cousines, à l’écart des troubles dans la montagne. Un jour se présente à cheval une troupe armée, avec un blessé. Ils demandent à passer la nuit et à leur acheter un peu de nourriture. Il s’agissait en fait de membres de la guerilla. Quelques jours plus tard, une autre troupe armée arrive, plus agressive, mieux équipée, l’armée gouvernementale. Leur chef décide de réunir hommes, femmes et enfants dehors et exige des explications sur l’aide qu’ils ont octroyé aux rebelles. Isolé dans ces terres reculées et peu aux faits de la chose politique, c’est naturellement qu’ils ont répondu à la courtoisie de ces hommes d’armes, en leur vendant un peu de nourriture et en leur offrant la grange pour la nuit.  Leur chef saisit un des neufs enfants et le tue d’une balle dans la tête. « Voilà pour la trahison, maintenant dites nous où ils sont partis ? ». Silence… Il prend un nouvel enfant, le plus jeune, et l’assassine sous leurs yeux. La famille de Yoli ne savait absolument rien, et ce chef avec la cruauté du diable tua un troisième et dernier enfant. Puis ils volèrent la nourriture et repartirent en laissant à sac la maison. Comment ne pas prendre parti… le destin de la famille de Yoli ne se limite malheureusement pas à cette terrible journée. L’aîné des cousins après cette tragédie s’engage dans la guerilla et une des cousines suivra après être tombée amoureuse d’un des amis de son frère réfugié à la ferme. Ils seront tous les deux tués, lui après de nombreuses tortures, elle en tant que prisonnière pour l’armée officielle après avoir servi de bête de somme dans les zones reculées. Sur neuf cousins cousines, ils ne sont plus que 3 avec Yoli, 5 assassinés pendant la guerre (dont 3 sous ses yeux) et un mort de maladie. Yoli se tient là, devant moi, sereine, comme si trop d’atrocités avaient anesthésiés sa sensibilité. Je reste là, sans voix devant tant de tragédies, inerte. Je vous épargne les autres témoignages que nous avons pu recueillir auprès des villageois, mais chaque famille ici garde les cicatrices vivaces de cette guerre civile.
           Je repars de ce cours de langue vivante, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, bouleversé… à jamais.

            Petite note de culture générale, Rigoberta Menchù, guatémaltèque exilée au Mexique a perdu toute sa famille avec la guerre et a obtenu le prix nobel de la paix en 1992 pour ses temoignages et la défense de la cause indienne au Guatemala.

Les distractions
TGIF  :
           Aujourd’hui, vendredi, c’est jour de paye et la seule distraction dans ces petits villages, c’est la gnôle. Dès 17h00, on commence à voir déambuler dans les rues ces pantins désarticulés. On les retrouvera vers 23h00 dans le caniveau ou au milieu de la route en train de cuver leur bière. Thanks god it’s Friday !

Le cocktail maison:
fumeux cocktaill
Fumeux cocktail

L’église :
           Elles ne désemplissent pas, mais le plus drôle, c’est d’entendre le curé/rockeur s’égosiller sur fond d’ampli Bonampi. Eddy Mitchell qui nous chante "pas de boogie woogie"  avec Charly Oleg au clavier.

La violence conjugale :
           Sport national ici, la femme ne doit jamais contredire ou s’opposer à son mari, même quand il rentre saoul le vendredi soir.  Et, « privilège » des sociétés machistes, si son mari la trompe (ce qui est plus ou moins toléré), qu’elle ne s’avise pas de lui rendre la pareille. Car en plus de passer pour une pute et d’être complètement déshonorée, son mari a le « droit de la corriger ». Si les mexicains étaient machos, les guatémaltèques sont pires, avec une « machete » en plus ! Heureusement le divorce commence à se généraliser mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Novelas :
            Les télénovelas sont diffusés non stop à la cantina. Ils adorent ça. « los fuegos del amor » font plus d’audience que le 20h00, seul le foot peut vous permettre de changer de chaîne.

El Mirador :

Adonis
Adonis
Phil
Phil
           Malgré une nuit agitée à un concert de reggaeton sur la place du village nous nous levons avec l’aube pour rejoindre Adonis et Brenda. Cet ancien chiclero et sa femme vont nous emmener sur le site d’El Mirador perdu dans la jungle à quelques kilomètres de la frontière mexicaine. C’est une expédition sur 5 jours, 2 jours de marche aller, 2 jours pour le retour et une journée sur place. L’équipée se compose de Sofia, Daniela, Franck et moi, Phil un guitariste californien et Natalia fière québécoise. Nous vérifions les vivres pour les 5 jours et c’est parti pour 3h00 de piste jusqu’à Carmelita, dernier village avant l’épaisse forêt vierge. Une petite crevaison vient ponctuer le parcours,  la petite touche « aventure » au trajet. Pas de bol le pneu de secours est complètement lisse et inutilisable. Heureusement, une ferme voisine a exactement le même pneu…hasard…
Pneu crevé
Tiennent pas la route ces Toyota!
Carlos
Carlos

           Des camions  chargés d’immense tronc nous noient dans la poussière. Ici les cultures et la déforestation ont fait reculer la jungle de moitié. Nous arrivons à Carmelita, véritable trou du cul du monde, où nous devinons une ancienne piste d’atterrissage (=une bande plate sans arbre) puisqu’il n’y a pas si longtemps aucune piste ne desservait la ville. Contrebandiers d’animaux, chargement de drogue et de chicle, n’avaient que cette bande de terre pour quitter la forêt.


Carlos sur un Sapotier
Carlos sur un Sapotier
           Nous sommes au royaume des chicleros, ces hommes grimpent sur le chico zapote (sapotillier ou sapotier) à l’aide de crampons. A grands coups de « machete » ils font couler la sève, le chicle. Autrefois florissant, le business a pris un coup dans l’aile depuis que japonais et américains, les principaux importateurs, ont trouvé un dérivé. Les habitants de Carmelita continuent cependant de vivre exclusivement du chicle et se refusent à cultiver les sols pour ne pas détériorer la forêt. Nous dormons dans des hamacs chez la famille d’Adonis.
           Carlos, ancien Chiclero tout comme Adonis, nous rejoint au petit matin avec 4 mules. Trois  sont destinées à transporter les provisions, l’eau, les hamacs et la logistique, la 4eme est une mule de secours  si quelqu’un se blesse. Nous attaquons d’ailleurs le sentier avec la rencontre d’un serpent corail. Il s’enfuit sagement. Sa morsure peut être mortelle mais il n’est pas agressif contrairement  au « barbar almarillo » ; de nombreux chicleros n’ont pas touché de retraite par sa faute.
Cicatrices laissés par les chicleros
Cicatrices

           Nous croisons d’anciens campements, quelques poteaux, des feuilles séchées faisant office de toit et un « coin cuisine ». A l’époque ils restaient 6 mois complets l’hiver et rentraient se reposer l’été. Nous découvrons leurs signatures sur les sapotilliers, leur tronc étant couvert des cicatrices laissées par les machete. Pendant la marche on s’amuse à distinguer les nombreuses ruines mayas enfouies sous la végétation. Parfois un trou témoigne du travail des pilleurs, une poterie maya valant bien plus cher qu’un paquet de chewing gum ! Nous nous apercevons dès la première journée que ce ne sont pas les grosses bêtes les plus dérangeantes (jaguars, pumas…), mais les minuscules. Des tiques d’1/2 mm courent les feuilles et se collent à la peau. Une fois rassasier de notre sang, elles se laissent tomber. Impossible à écraser, il faut les coincer entre 2 ongles ou les brûler pour les tuer. Et quand la nuit tombe, les moustiques prennent le relais…

coucher de soleil à Tintal
Coucher de soleil à Tintal
Indiana Jones
Tondeuse écologique
Campement
Campement

           Nous passons la nuit dans un ancien campement archéologique près de la pyramide Tintal. A son sommet pour le coucher de soleil, nous admirons l’immensité de la jungle qui nous entoure. Des collines symétriques laissent deviner d’autres temples. Au loin, à 35 kms, une masse émerge de cet océan de verdure, la plus haute pyramide au monde sur le site el mirador. Nous y serons demain soir. Sur le campement 2 scorpions viennent nous rappeler qu’il vaut mieux éviter de circuler pieds nus. Trente secondes après, nous avions tous de nouveau les chaussures de marche aux pieds et les hamacs et leur moustiquaire étaient vérifiés. Pour le dessert, Sofia nous a préparé un space cake suédois dans le four de l’écopark de San Andrés. Et tandis que Phil gratte à la guitare un petit Jimi Hendrix, nous nous endormons bercés dans nos hamacs, épuisés…et rêveur.

Faune Mirador
Notre pote le scorpion avec toute sa smala sur le dos et qqes autres compagnons

           Les singes hurleurs sonnent le réveil et nous levons le camp à 06h30. Nous croisons de nombreux oiseaux aux robes plus colorées les unes que les autres, les autres habitants de la jungle se font par contre plus timides. Seuls des bruits de branchage à notre approche témoignent de leur présence. Quelques orchidés sauvages ci et là viennent donner un peu de couleur à cette végétation à la verdure monotone. Adonis, qui depuis la veille s’est aperçu que le groupe n’était pas allergique à la mota (l’herbe, d’ailleurs moins cher ici qu’une bière ou une bouteille d’eau),  ferme la marche avec Phil en laissant un nuage de fumée derrière eux.


Brenda
Brenda et sa cocina
           Devant, Brenda, levée bien avant nous pour préparer les repas, et malgré une corpulence un peu forte, nous mène à un train d’enfer. Quelle santé ! 8h plus tard nous découvrirons derrière les feuillages un site à la beauté immaculée. Nous nous installons sur une aire dégagée qui permet aux hélicoptères de ravitailler le petit groupe d’archéologue quand les pluies rendent l’accès impossible avec les mules.  Nous montons el tigre, la plus haute pyramide, l’équivalent de 18 étages. Inutile de préciser que le coucher de soleil a quelque chose de magique perchés sur ces pierres centenaires à 2 jours de marche du premier village. Nous restons plantés là, perdus dans nos pensées, que seule l’inquiétante rumeur de la jungle arrive à perturber. Les minutes glissent en nous effleurant. Moment unique, moment d’éternité, l’instant est magique dans son sens le plus pure. La nuit tombée, nous jouons au jeu classique des constellations, Cassiopée, Orion, la grande ours… Mais la lune lumineuse nous empêche de les voir toutes.  On apprend d’ailleurs que quand la lune décroît, on perd quelques degrés fort utiles, au contraire si elle croît, les journées sont chaque jour un peu plus chaudes. Il fallait un voyage au Guatemala pour s’en rendre compte !
           Sofia et Daniela passeront la nuit au sommet pour apprécier ces cieux dans la plus parfaite obscurité tandis que les garçons préfèrent rentrer au camps, ces quelques mètres carrés aux pierres apparentes ne rivalisant pas avec le tangage confortable de nos hamacs, chochottes !!!!
           Levés 05h30 tout de même pour admirer le classique lever de soleil sur la pyramide el tigre. Puis nous visiterons la Mona (le singe), la Cabeza del Jaguar (la tête du jaguar) et la Denta (le tapir). La troisième plateforme de cette dernière est plus grande que la place centrale de Tikal. A son sommet, chose unique dans les pyramides maya, sept temples. Il faudra attendre encore longtemps avant d’en connaître l’histoire. Nous pénétrons dans un tunnel en cours d’investigation, fascinant. En se baladant au milieu de ses vestiges on prend la mesure de l’immensité de cette citée maya. Il faut 1h de marche pour relier les 2 principales pyramides.
Lever de soleil
Debout!
National Geographic Mirador
Quelques feuilles d'un vieux National Geographic sur le Mirador
Provisions
On sort les provisions...

           Nous devinons l’ancienne voie pavée sous l’épaisse couche de végétation. Tout ici est encore à l’état brut, les recherches n’en sont qu’à leur balbutiement et comme le titrait le National Geograhic il y a quelques années, tout laisse à penser que le site d’el mirador a plus d’importance que ceux de Tikal, Copan ou Chitzen Itza.  Sa situation loin des routes touristiques compromet son exploitation future et de ce fait ne permet pas aux archéologues d’obtenir les crédits nécessaires pour lui redonner sa splendeur d’antan. Est-ce vraiment un mal ? Nappées dans leur manteau de végétation, les pyramides dominent, imperturbables au temps, cette jungle millénaire.
           Deux toucans viennent saluer notre départ au petit matin. La marche sera rythmée aujourd’hui par l’enseignement botanique. Nous découvrirons l’arbre « cannibale », il mange ses congénères en grandissant autour, l’arbre qui « marche » capable de bouger de dix à vingt cms par an. On aura droit aux plantes guérisseuses utiles en cas de morsure de serpent, la liane gorgée d’eau etc… nous voilà prêt pour Koh Lanta ! D’ailleurs c’est ici que fut tourné la saison 2 de « Survivor » l’émission américaine. Nuit à Tintal.

Pyramides vertes
Pyramides vertes à l'horizon

           Je me lève à 04H30 pour apprécier une dernière fois le lever du soleil.  Il fait nuit noire, je suis seul à marcher dans la jungle jusqu’à la pyramide. Je m’enveloppe d’une couverture à son sommet, ce sont les heures les plus froides de la journée. No comment. La solitude amplifie nos sentiments, notre sensibilité face à un tel spectacle. Ces instants sont marqués du seau de l’éternité et resteront à jamais graver dans un petit coin de ma tête.
           Nous atteignons Carmelita en fin de journée. 130 kms à pieds dans la forêt aller retour, un effort mille fois récompensé. Retour à la maison. Tiens, ça faisait un bail que je n’avais pas prononcé ce mot là. Et oui, après trois semaines, San Andres, je peux le dire, c’est un peu chez moi maintenant.

Ciao San Andrés :
           Dernier jour à San Andrés, au-revoir aux collègues guatémaltèques du chantier, à la famille et ses irrésistibles bambins, aux tarentules qui gisent mortes sur les chemins et au lac qui nous a tant rafraîchi. On se retrouve tous les volontaires pour une belle soirée d’adieu.